Regards d’enfants : et si on réapprenait l’art de vivre simplement ?
Nos enfants nous montrent déjà le chemin de la simplicité. Il suffit de se pencher pour regarder.

Replongez un instant dans votre enfance. Rappelez-vous cette insouciance brute, cette faculté d’émerveillement devant un simple escargot sur l’herbe, une forme de nuage ou un bel arc-en-ciel après la pluie. À quel moment avons-nous troqué cette légèreté contre nos listes de tâches interminables et le rythme effréné du quotidien ?
À force d’accompagner les familles et d’échanger avec tant de parents à travers nos rendez-vous, nos salons et nos moments de partage, je fais souvent le même constat : nous cherchons sans cesse des solutions complexes pour aller mieux, alors que nos enfants incarnent déjà sous nos yeux la simplicité qui nous manque.
L’instant présent : le remède au multitâche et à la charge mentale
Les enfants vivent dans le présent absolu. Leurs capacités de projection mentale dans le futur étant encore en cours de développement, ils ne s’encombrent pas de l’après. Ils s’arrêtent pour regarder une fourmi transporter une brindille, comptent les carreaux au plafond ou sautent à pieds joints dans la flaque devant la porte au lieu de l’éviter.
À l’inverse, les adultes s’épuisent dans le piège du multitâche permanent. Vouloir tout anticiper et tout gérer de front altère directement nos capacités de concentration et nourrit une charge mentale écrasante, qui pèse aujourd’hui sur plus de huit femmes sur dix. Prendre le temps de faire une seule chose à la fois, contempler et réapprendre la lenteur : c’est le premier pas pour préserver notre équilibre cérébral et retrouver un vrai souffle intérieur.
La joie des plaisirs simples : la curiosité plutôt que l’avoir
Tant qu’il n’est pas façonné par les injonctions extérieures, un enfant transforme une banale boîte en carton en un château fort imprenable. La psychologie du développement montre que les plus jeunes sont guidés par une curiosité intrinsèque : ils explorent le monde non pas par calcul ou pour le prestige, mais parce qu’une nouveauté est intrigante.
Réussir sa vie ne se mesure pas à l’accumulation matérielle ou à la perfection apparente, mais à cette faculté de trouver de la valeur dans ce qui est humble et accessible.
La spontanéité du lien : briser la glace sans faux-semblants
Deux enfants au sommet d’un toboggan n’ont besoin d’aucun protocole pour devenir complices : un sourire, un regard, et le jeu démarre. Avec l’âge adulte viennent la réserve, la peur du jugement et l’isolement.
Pourtant, nous n’avons pas besoin de grandes théories pour vivre des interactions sociales bienfaisantes. Un mot chaleureux, un regard complice ou le fait de se retrouver ensemble dans un espace d’écoute et de convivialité suffisent à alléger les journées les plus denses. Le lien humain authentique est un besoin vital.
L’authenticité : oser ressentir et oser s’exprimer
Entre deux et cinq ans, l’âge du « pourquoi ? » bat son plein. Les études montrent que les enfants ne posent pas ces questions par provocation : ils recherchent de réelles explications et repèrent immédiatement les réponses superficielles. Pourtant, une fois adultes, nous n’osons plus poser de questions par crainte de paraître ignorants.
De la même manière, l’apprentissage des conventions sociales nous pousse à masquer nos émotions, à refouler nos larmes ou à dissimuler notre vulnérabilité. Mais s’autoriser à exprimer ce que l’on ressent réellement, sans craindre le regard des autres, reste l’un des plus beaux gestes de liberté que l’on puisse s’offrir.
Une vie riche et épanouissante ne doit pas être synonyme de vie compliquée. Ralentir, lâcher prise sur le contrôle, simplifier nos exigences et savourer l’instant : toutes ces leçons sont déjà là, sous notre toit. Il ne nous reste plus qu’à nous accorder la permission de réapprendre à regarder.
- Réflexions inspirées des échanges avec les familles et des moments de partage vécus lors des rendez-vous Lab'elle & kids.
