« Léo, enfin Théo, enfin... VIENS ICI ! »
Si vous confondez les prénoms de vos enfants, vous avez une excuse en béton

Vous appelez votre fils par le prénom de sa sœur. Puis par celui de son cousin. Puis, dans les cas les plus désespérés, par celui du chien. Et à chaque fois, la même angoisse sourde : est-ce que je perds la tête ?
Bonne nouvelle : non. Des chercheurs se sont penchés sérieusement sur la question, et le verdict est plutôt rassurant.
Ce n'est pas de la fatigue, c'est votre cerveau qui range trop bien ses affaires
L'explication ne tient ni à l'âge, ni au nombre d'enfants, ni à une nuit trop courte. Selon la chercheuse Samantha Deffler (Duke University), le mécanisme est le même que lorsqu'on pense « fourchette » en entendant le mot « cuillère » : deux concepts stockés dans le même tiroir mental s'activent ensemble.
Vos enfants, vos frères et sœurs, vos amis proches : chacun de ces groupes forme un tiroir. Et quand le cerveau va chercher un prénom dedans, il lui arrive d'en attraper un autre au passage. Ce n'est pas un ratage, c'est presque un excès de zèle.
La preuve : 1 700 personnes, 5 expériences et une règle très nette
L'équipe de Duke a interrogé plus de 1 700 personnes sur leurs lapsus de prénoms, dans cinq études distinctes. Résultat : les confusions restent presque toujours à l'intérieur d'un même groupe. On mélange les prénoms de ses enfants entre eux, ou ceux de ses amis entre eux, mais on ne confond quasiment jamais un enfant avec un collègue de bureau.
Deux détails cassent les idées reçues au passage. Le physique n'y est pour rien : que vos enfants se ressemblent comme deux gouttes d'eau ou pas du tout, cela ne change rien au taux de confusion. Le genre non plus : on pourrait croire qu'on ne mélange que les prénoms de même sexe, or le son du prénom compte bien plus que le genre de la personne qui le porte.
Ce qui compte vraiment, en revanche, c'est la ressemblance sonore : Jimmy et Joanie, John et Bob. Deux prénoms qui commencent pareil, ou qui « sonnent » pareil, ont beaucoup plus de chances de se percuter dans votre bouche.
Et le chien, alors ?
C'est le détail qui a fait sourire tout le monde dans cette étude : les parents confondent régulièrement le prénom d'un enfant avec celui du chien de la famille. Le chat, lui, s'en sort presque toujours indemne.
L'explication est presque touchante : le chien répond à son nom bien plus souvent qu'un chat, qui répond quand ça lui chante. À force d'être appelé, rappelé, sifflé, le nom du chien finit par s'installer dans le même tiroir mental que celui des enfants, celui de « la famille qui répond quand on l'appelle ».
Alors, on arrête de culpabiliser ?
D'après le co-auteur de l'étude, David Rubin, ce genre de lapsus ne révèle ni fatigue ni négligence : il révèle simplement qui fait partie du groupe. Autrement dit, si vous confondez les prénoms de vos enfants, c'est probablement le signe que votre cerveau les range tous, humains et chien compris, dans la case la plus précieuse qui soit : celle de la famille.
- Deffler, S. A., Rubin, D. C., et al. (2016). All my children : the roles of semantic category and phonetic similarity in the misnaming of familiar individuals. Memory & Cognition, Duke University.
- Slate.fr, Pourquoi on confond les prénoms de ses proches
- Scientific American, Mom, I'm Joey, Not Jennie!
