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Parentalité & société

Nos enfants n'ont plus besoin d'attendre. Est-ce vraiment un cadeau ?

Le monde a accéléré. La capacité à attendre est devenue un luxe. Et si ce n'était pas une bonne nouvelle ?

16 août 2026 6 min de lecture
Illustration : une mère et son enfant regardent ensemble un sablier posé sur une table

L'autre jour, ma fille de 7 ans râlait pour le téléchargement d'une vidéo trop longue. Cette impatience je la constate tous les jours et pas que sous mon toit.

Alors j'ai eu envie d'en faire un article, parce que je pense que ça parle à beaucoup d'entre nous, parents d'aujourd'hui.

Le monde a changé de rythme, pas nos enfants

Dans les années 90, attendre faisait partie du quotidien. On patientait pour louer une cassette, pour écouter la chanson qu'on aimait à la radio, pour avoir des nouvelles au JT de 20h. Ce n'était pas une contrainte qu'on nous imposait consciemment : c'était la vie, tout simplement.

Et cette attente structurait quelque chose d'essentiel. Les neurosciences le confirment aujourd'hui : la capacité à différer une gratification est l'un des meilleurs indicateurs de régulation émotionnelle et de réussite sur le long terme. On ne l'apprenait pas dans un manuel. Le monde autour de nous nous l'enseignait, tout simplement parce qu'il ne se pliait pas à nos désirs immédiats.

Aujourd'hui, tout est accessible en un clic. Et ce que l'accès permanent abîme, c'est justement la valeur du désir.

« Va jouer dehors » n'était pas une punition

Autre souvenir que beaucoup de parents de ma génération partagent : le fameux « va jouer dehors » n'était pas une suggestion éducative. C'était une consigne, point.

On partait, on courait, on rentrait parfois avec un genou en sang (true story, comme dirait ma fille). Et ce temps non supervisé n'était pas une négligence. C'était précisément le moment où tout s'apprenait pour de vrai : se débrouiller seul, se disputer sans casser le lien, gérer l'ennui, inventer un jeu quand personne ne donne la règle.

L'ennui n'était pas un échec du système. C'était son moteur.

Aujourd'hui, un enfant qui s'ennuie est trop souvent perçu comme un enfant « à occuper ». Alors qu'on sait que l'ennui est justement l'espace mental où naissent l'initiative et la créativité.

L'effort donnait du poids à l'amour

Il y a aussi quelque chose que j'observe beaucoup dans mon métier, où j'accompagne des marques et des projets qui doivent créer du lien : plus on investit d'effort dans quelque chose, plus on s'y attache. Ce n'est pas nouveau, la psychologie sociale l'a démontré depuis longtemps avec ce qu'on appelle « l'effort justification » (merci Leon Festinger).

Faire une playlist prenait des heures. Écrire une carte de remerciement n'était pas optionnel, on s'asseyait, on cherchait ses mots. Choisir un livre à la bibliothèque, c'était renoncer aux autres, et assumer ce choix.

Aujourd'hui, l'amour se « like », la musique se génère en un clic, la gratitude tient dans un emoji. Et quand plus rien ne demande d'effort, l'émotion glisse. Elle touche moins.

Alors, on culpabilise ?

Non. Et c'est le point le plus important de cet article.

Si élever des enfants aujourd'hui vous semble plus difficile, ce n'est pas parce que vous faites mal. C'est parce que vous élevez vos enfants dans un monde objectivement plus exigeant : la vitesse, la pression, le bruit, les écrans, l'information en continu. Vous composez avec tout ça, et vous êtes là, tous les jours.

Les parents d'aujourd'hui n'ont pas moins de ressources que ceux d'hier. Ils en utilisent davantage. Ils réfléchissent, se questionnent, ajustent, cherchent à comprendre ce qui se joue derrière les comportements de leurs enfants. Et ça, c'est déjà une force immense.

Ce que je retiens, et ce que je vous propose

Il n'est pas question de rendre le monde plus dur pour nos enfants, ni de regretter une époque révolue. Il est question de continuer à leur offrir des repères, des rythmes, des limites rassurantes, et surtout une présence solide.

Un enfant n'a pas besoin de parents parfaits. Il a besoin de parents présents, conscients, engagés, et parfois, d'un peu d'ennui, d'un peu d'attente, d'un peu d'effort, pour construire sa propre résilience.

C'est exactement ce qui m'anime chez Lab'elle & kids : créer des espaces, des rencontres et des moments où on peut ralentir, se questionner ensemble, et se rappeler qu'on n'a pas besoin d'être parfait·e pour être un bon parent.

Sources
  • Mischel, W., Ebbesen, E. B., & Raskoff Zeiss, A. (1972). Cognitive and attentional mechanisms in delay of gratification. Journal of Personality and Social Psychology, 21(2), 204-218.
  • Festinger, L. (1957). A Theory of Cognitive Dissonance. Stanford University Press.
  • American Academy of Pediatrics, Policy Statement : Media and Young Minds, 2016.